Pas de revalorisation du Smic : encore un coup contre les femmes les plus précaires

En choisissant de maintenir le Smic à un niveau bas, le gouvernement maintient délibérément des millions de salariés, en grande partie des femmes, dans une situation de précarité. Derrière les grands discours pour l’égalité et les lois pour instaurer 40% de femmes dans les conseils d’administration du CAC40, la réalité est tout autre : les inégalités persistent et le gouvernement ne fait rien. Rachel Silvera, économiste, revient sur cette décision du Premier Ministre.

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Le Premier Ministre a annoncé le 12 juillet 2011 qu’il n’y aurait finalement pas de revalorisation du Smic au 1er Août. Le salaire minimum interprofessionnel de croissance est fixé à 1 073 euros net par mois pour un temps plein. Cette décision se justifie selon Françoise Fillon par un argument bien connu et imparable : le niveau de l’inflation n’a pas dépassé les 2%, seuil à partir duquel il y a revalorisation légale et obligatoire du Smic. La loi ne l’y oblige pas, le gouvernement choisit donc de ne pas revaloriser le Smic.

Or, fin juin, le taux d’inflation a atteint… 1,96%. A 0,04 point près, la hausse du Smic avait lieu. Cela parait mesquin lorsque l’on se targue de lutter contre les inégalités salariales envers les femmes : car qui est concerné en premier chef par le Smic, si ce n’est une large majorité de femmes ? Elles sont en effet près de deux fois plus souvent au Smic que les hommes : c’est le cas de près de 20% d’entre elles, et de 11% des hommes (données sont extraites du rapport officiel de Brigitte Gresy).

Rappelons, surtout, qu’au-delà du Smic mensuel, ce sont les bastions de femmes précaires à temps partiel qui ne verront aucune amélioration de leur situation : cinq fois plus de femmes que d’hommes sont à temps partiel (30% contre 6% pour les hommes). Les deux tiers des salariés à bas salaires sont des femmes (avec moins de 830 euros mensuels) ou à très bas salaires (moins de 630€ par mois). On sait qu’il s’agit avant tout de femmes à temps partiel qui deviennent des « salariées pauvres, (…) des gens qui ne sont ni chômeurs, ni ‘exclus’, ni ‘assistés’, mais qui travaillent sans parvenir à gagner leur vie » (Margaret Maruani, 2011, Travail et emploi des femmes, coll. Repères, la Découverte.).

A l’heure où le Décret no 2011-822 du 7 juillet 2011 relatif à la « mise en oeuvre des obligations des entreprises pour l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes » vient d’être officialisé, le gouvernement envoie une fois de plus un signal contradictoire. Tout se passe comme si l’Etat n’avait rien à voir avec ces inégalités salariales. Or comment protéger ses salariées qui sont bien souvent dans des entreprises de moins de 50 salariés (seuil en dessous duquel la loi ne s’applique pas), si ce n’est par une revalorisation du Smic et par la lutte contre le travail à temps partiel précaire ?

Rachel Silvera , économiste

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